Ce dimanche 21 mars, une manifestation a éclaté à Bristol au Royaume-Uni pour protester contre un projet de loi qui va renforcer les pouvoirs de la police. Selon le projet, les manifestants participant à des rassemblements jugés trop bruyants ou nuisibles pourraient être condamnés à des amendes ou des peines de prison. C’est une attaque directe au droit de manifester, nous pouvions justement lire sur les pancartes des manifestants “Dites non à un Etat policier” ou encore “La liberté de manifester est un droit fondamental pour la démocratie”. Mais la star des mots d’ordre était “KillTheBill”, soit “tuez la loi” en français.

Après une semaine de manifestations en réponse à la répression de la police contre une veillée en hommage à, qui est morte entre les mains d’un policier en exercice, la manifestation a commencé dans le calme dimanche dans l’après-midi. C’est seulement vers 18h, lorsqu’une partie de la population s’était détachée de la foule en colère, que les heurts ont commencé. Alors que la police provoquait les manifestants, certains ont réagit en réponse. Un camion de police a été incendié et des feux d’artifices ont été lancés à travers la foule tandis que des centaines de personnes ont convergé vers le commissariat de Bridewell pour exiger la libération des interpellés.

La ministre de l’intérieur, Prito Patel, a qualifié ces scènes d’« inacceptables », en ajoutant ensuite « On ne fait pas campagne pour le droit de manifester pacifiquement en mettant le feu à des fourgons de police ou en taguant des bâtiments ». Que ce soit le maire de Bristol, Marvin Rees, ou le gendarme en chef d’Avon et Somerset, tous dénoncent la violence des manifestants. La presse nationale comme The Guardian ou la BBC, dans différentes mesures, appuient cette dénonciation en se focalisant sur le fait que deux policiers aient été blessés. Comme toujours, c’est la violence des manifestants qui est dénoncée et ce faisant, les personnalités politiques et les medias s’alignent du côté des forces de répression. Il apparaît clairement que ces derniers sont intrinsèquement dépendants et fidèles vis-à-vis des institutions piliers du régime, à commencer par la police, qui constitue le véritable garant de l’ordre établi pour la bourgeoisie dont ils sont les dignes représentants.

Dans le même temps, aucun politique ne fait mention des victimes de violences policières que dénoncent les manifestants depuis plus d’une semaine. Car c’est bien contre cette violence systémique de la part des forces de police, ainsi que contre le projet de loi visant à étendre les pouvoirs de la police, que les manifestants sont en colère. Comme le gouvernement français et sa Loi Sécurité Globale, le gouvernement anglais effectue lui aussi un tournant autoritaire préventif en renforçant les effectifs et les pouvoirs de la police, seule institution à même de pouvoir protéger ses intérêts en cas d’explosion sociale.

C’est justement contre ce tournant-là et contre le monde qu’on propose à la jeunesse que cette dernière a exprimé une rage profonde. Une aide-soignante de 51 ans, Rachel Legg, explique ainsi dans The Guardian : “Je ne suis pas surprise. Ils semblaient tous avoir une vingtaine d’années. C’est une génération en colère. Ils font face à une planète en train de mourir, un ministre de l’Intérieur qui veut pendre les gens, le loyer à Bristol est horrible et ils n’ont aucune perspective d’emploi. Il ne s’agit pas d’un groupe de voyous participant à une manifestation, il y a une vue d’ensemble que les gens doivent comprendre. Personne ne s’occupe de cette génération.”

En d’autres termes, les quelques feux d’artifice de la manifestation ne sont que l’expression d’une génération à qui l’on ne propose que précarité, chômage, confinements autoritaires et lois liberticides. Mais que ce soit en France, en Grèceen Espagne, ou autre part dans le monde, la jeunesse relève la tête et montre qu’elle se battra pour un avenir meilleur.

Da révolutionpermanente.fr