islamdi Waleed Al-Husseini

Blog, forum, reti sociali. Mohamed Alkhadra, un giordano di 25 anni che, adolescente, si definiva salafita e sognava di “ristabilire il califfato”, ha, dal canto suo, deciso di nascondere il suo ateismo alla famiglia. “Sarebbe devastata se lo sapesse. Ma non hanno accesso a Internet, quindi non lo sapranno mai“, si rassicura, mentre attende di prendere la parola all’assemblea di Londra. Per lui, come per molti altri, il cambiamento è venuto dal web. “È stata una rivelazione scoprire che potevo abbandonare l’Islam. Non immaginavo neppure che fosse possibile“, scherza il marocchino Imad Iddine-Habib. “Internet ha permesso di mettere in connessione gli atei del mondo musulmano, di fargli prendere coscienza che non sono soli, che avere dei dubbi, porsi delle domande non è obbligatoriamente blasfemia“, considera il sociologo Houssame Bentabet. Blog, forum, reti sociali …Le testimonianze si incrociano, l’ateismo diventa militante – e globale. Nel novembre 2015, il Consiglio degli ex-musulmani di Gran Bretagna ha lanciato una campagna su Twitter con la parola chiave Exmusulmanoperchè. In sole 24 ore, 120 mila persone di 65 paesi hanno pubblicamente spiegato perché avevano abbandonato l’Islam. La reazione delle autorità, ma anche degli islamisti, non si è fatta attendere. Certi predicatori non esitano a chiedere l’assassinio degli apostati. In Bangladesh, li hanno ascoltati: almeno 6 bloggers e un editore sono stati assassinati dopo il 2015 per il fatto di essere atei. “Grazie ad Internet, alle reti sociali, consultabili sui cellulari, ci sono sempre più gruppi di militanti atei o che difendono la libertà di coscienza e la laicità” assicura l’editore Ahmedur Rashid Chowdhury, lui stesso brutalmente aggredito nell’ottobre 2015, e rifugiatosi in Norvegia, da dove risponde al telefono alle domande di Le Monde. Fondatore della rivista Shuddashar, ha ospitato numerosi blogger atei.

Sempre immersi nella paura. Nessun paese a maggioranza islamica è risparmiato dal fenomeno. In Turchia, paese peraltro un tempo laico, la situazione si è molto deteriorata dopo l’arrivo al potere di Erdogan, e in particolare dopo il tentativo di colpo di stato del luglio 2016: aggressioni contro le donne a causa del loro modo di vestire o contro persone che non rispettano il ramadan, ristrutturazione dei programmi scolastici per rimpiazzare la teoria dell’evoluzione di Darwin o i principi di Ataturk con corsi di religione o racconti sul golpe fallito. Persino la Tunisia, che sembra un’eccezione nel mondo musulmano, ne è colpita. Dei movimenti di “mangiatori” che rifiutano ostentatamente di rispettare il ramadan, si sono sviluppati, come in Marocco e in Algeria. Ma sempre nella paura. “Abbiamo comunque paura di dire che siamo atei in Tunisia, oggi, si lamenta la regista Nadia El Fani. “Sono stata considerata come terrorista perchè nel mio film, Né Allah né padrone, difendevo la laicità”.

Denunciata da tre avvocati vicini al partito islamista Ennahda, nel 2011 è stata accusata di incitamento all’odio religioso e … estremismo religioso. Minacciata di morte, si è trasferita in Francia e non è potuta tornare in Tunisia per cinque anni, fino al 4 novembre, su invito dei Carthage Film Days, durante i quali è stato proiettato il suo film “Meme pas mal”. Perché a giugno il caso è stato finalmente chiuso. “Le cose si stanno muovendo”, ammette. Il 25 ottobre, un’associazione che menzionava esplicitamente l’ateismo nei suoi statuti, l’Associazione dei liberi pensatori, fu riconosciuta dalle autorità tunisine. Una prima nel mondo arabo-musulmano.


Gli autori di violenze raramente sono inquisiti

 

D’autres signes témoignent d’un changement en cours dans les sociétés musulmanes. « Au Maroc, en 2016, six membres du Haut Conseil des oulémas, qui avaient pourtant signé quatre ans plus tôt une fatwa dans le sens contraire, ont écrit qu’il n’était plus possible, dans le contexte actuel, d’appliquer la peine de mort aux apostats », souligne Dominique Avon. Cette évolution laisse pourtant de marbre le Marocain Imad Iddine Habib : « Un peu facho, ça reste toujours facho. »

Quoi qu’il en soit, les auteurs de violences à l’encontre des ex-musulmans sont rarement inquiétés par les autorités. Au Bangladesh, le gouvernement nie que des groupes islamistes inspirés de l’étranger soient actifs dans le pays, et les enquêtes tardent à aboutir, comme en témoigne Rafida Bonya Ahmed. En février 2015, cette Bangladaise marchait dans les rues de Dacca, la capitale, avec son mari, le blogueur Avijit Roy (édité par Ahmedur Rashid Chowdhury), lorsqu’ils ont été agressés à coups de machette. Elle a été gravement blessée. Lui n’y a pas survécu.

Invitée à la conférence de Londres, cette petite femme déterminée, qui garde des séquelles visibles de son agression, raconte son calvaire d’une voix posée. « Dans certains cas, il y a eu quelques arrestations, mais peu d’assassins ont été jugés, explique-t-elle. En février 2016, les autorités ont dit avoir arrêté notre principal agresseur, mais quelques mois plus tard, alors qu’il était censé être sous surveillance, il a été tué dans une fusillade. » Depuis les Etats-Unis, Rafida Bonya Ahmed vient en aide aux blogueurs et aux écrivains athées persécutés dans son pays. « Après ce qui m’est arrivé, je pourrais être pessimiste et pleine de haine, ajoute-t-elle. Mais je ne le suis pas. Il faut continuer à nous battre pour les droits des athées. »

Exil en Europe

Selon les intérêts politiques du moment, les autorités répriment les expressions d’athéisme ou, au contraire, ferment les yeux et laissent faire, parfois sous la pression des pays occidentaux. Pour Rafida Bonya Ahmed, il ne fait aucun doute que le gouvernement bangladais veut s’assurer le vote des islamistes.

« C’est clairement politique », abonde le sociologue Houssame Bentabet. Comme le pardon accordé par le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, alors qu’il effectuait une visite en Allemagne, au chroniqueur de télévision Islam Behery, condamné à un an de prison à la demande de l’université Al-Azhar parce qu’il critiquait certains textes de l’islam. Selon Houssame Bentabet, « cette grâce avait pour but de laisser croire que l’Egypte est du côté des libres-penseurs ». Et si l’Autorité palestinienne a été si intraitable avec Waleed Al-Husseini, dont l’influence de blogueur était pourtant négligeable, c’est certainement qu’elle se devait, à l’époque, de contrer les islamistes du Hamas.

Alors, beaucoup choisissent l’exil. En Europe, ils se retrouvent dans une situation qu’ils n’auraient jamais imaginée en partant. Persécutés dans le monde arabo-musulman par les islamistes et les autorités, ceux qui ont renoncé à l’islam sont, en Occident, classés dans la catégorie des « islamophobes ».

Pour les ex-musulmans, dont les positions ne sont pas monolithiques et qui sont traversés par les mêmes débats que le reste de la société – sur le port du voile ou le burkini, par exemple –, la critique de l’islam est aussi nécessaire que l’a été celle du catholicisme au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en France, au début du XXe siècle. Mais les déclarations et prises de position à l’emporte-pièce de certains n’aident pas à pacifier le débat.

« OUI, ON A LE DROIT DE HURLER QU’ON EST ATHÉE, DE TROUVER QUE LES RELIGIONS, TOUTES LES RELIGIONS, C’EST STUPIDE »

Lorsque l’écrivain indien Ibn Warraq soutient que le problème n’est pas simplement l’intégrisme musulman, mais l’islam lui-même, le discours choque. Mais, se défendent-ils, il faut être radical pour critiquer l’islam. « Je dis :Allons-y, rentrons-leur dedans !” Oui, on a le droit de hurler qu’on est athée, de trouver que les religions, toutes les religions, c’est stupide », s’enflamme la réalisatrice tunisienne Nadia El Fani, qui ajoute : « On n’a jamais vu un athée tuer un religieux. »

Désenchantement face à l’« islamo-gauchisme »

Pris dans un discours anti-islam souvent virulent, les ex-musulmans courent le risque de se faire récupérer. Ce que ses détracteurs appellent l’« islamo-gauchisme »incarné dans le débat français actuel par le site Mediapart et son directeur, Edwy Plenel –, en condamnant toute critique de l’islam, laisse ces athées, souvent jeunes et sans grande expérience du militantisme, à la merci des véritables islamophobes.

« L’ex-musulman a besoin de confirmer son choix, en permanence, analyse Houssame Bentabet. Il a ce besoin de cohabiter avec ce passé de musulman, de dire : “C’est ce que je ne veux plus être.” Et, dans cette reconstruction, il se peut qu’il y ait certaines récupérations, car il y a plus de chances d’être récupéré quand on doit refaire sa vie à 22 ou 23 ans. »

C’est, très exactement, ce qu’a vécu Waleed Al-Husseini à son arrivée en France, après avoir passé dix mois dans les geôles palestiniennes. « Pour lui, cette torture, c’est l’islam, souligne Houssame Bentabet. C’est l’islam qui l’a empêché d’être libre dans sa pensée. »

Le jeune homme, qui ne mâche pas ses mots, n’hésite donc pas à qualifier l’islam de « religion de terreur ». Immédiatement relayé par le site islamophobe Riposte laïque, Waleed Al-Husseini, qui a écrit dans Une trahison française (Ring, 300 pages, 18 euros) son désenchantement face à la frilosité d’une certaine gauche vis-à-vis de l’islamisme, ne se défend pas de cette proximité. « Ce sont les seuls à me soutenir ! », se justifie-t-il, plein d’amertume.

« LES EX-MUSULMANS TIENNENT SUR L’ISLAM UN DISCOURS QUE D’AUTRES N’OSENT PAS TENIR PAR PEUR D’ÊTRE POLITIQUEMENT INCORRECTS. QUELLE HYPOCRISIE ! »

« Les ex-musulmans tiennent sur l’islam un discours que d’autres n’osent pas tenir par peur d’être politiquement incorrects. Quelle hypocrisie !, s’emporte l’écrivain indien Ibn Warraq, signataire, aux côtés de l’essayiste française Caroline Fourest, de Maryam Namazie, de Taslima Nasreen ou encore de Salman Rushdie, du « Manifeste des douze », un appel à la lutte contre l’islamisme publié par Charlie Hebdo le 1er mars 2006. Les gens ont vite oublié ce qu’est “être Charlie” : c’est avoir le droit de critiquer l’islam, et même de s’en moquer. »

Récupération par l’extrême droite

Au cours de la conférence de Londres, il n’y a pas eu de mots assez durs contre cette gauche qui, selon bien des intervenants, laisse la critique de l’islam aux xénophobes, ce qui lui vaut d’être perçue par certains comme lâche, voire traître et irresponsable.

Des victimes d’agressions ou de tentatives d’assassinat de la part des islamistes ne comprennent pas d’être assimilés à l’extrême droite. « Quelles sont vos priorités ? Pendant que nous mourons, vous parlez d’islamophobie ! », tempêtait alors à la tribune le jeune Jordanien Mohamed Alkhadra, applaudi à tout rompre.

L’extrême droite, elle, ne s’embarrasse pas de précautions. Le Turc Cemal Knudsen Yucel raconte comment, après avoir fondé le Conseil des ex-musulmans de Norvège, où il réside depuis 2005, aucune personnalité politique ne l’a contacté. A part, bien sûr, l’extrême droite, qui a su adapter son discours et n’attaque plus frontalement les immigrés, mais s’en prend à l’islam – une stratégie également à l’œuvre en France, au Front national.

Cemal n’y voit que du feu : « L’extrême droite n’est plus raciste en Norvège, assure-t-il, plein de candeur. Même le blogueur Fjordman, celui qui a inspiré Anders Behring Breivik [le terroriste néonazi responsable des attentats à Oslo et sur l’île d’Utoya, qui avaient fait 77 morts en juillet 2011], a changé. Il nous soutient, nous, les immigrés, il ne peut donc pas être raciste ! » Même discours chez Waleed Al-Husseini, qui nie partager les idées de l’extrême droite. « Les racistes, de toute façon, n’aiment pas les Arabes comme moi, dit-il. Si j’étais en Arabie saoudite, j’aurais une fatwa contre moi. Ici, dans le monde moderne, on me traite juste d’islamophobe. »

« CRITIQUER L’ISLAM, EXIGER LA LAÏCITÉ COMME NOUS LE FAISONS, CE N’EST PAS ÊTRE ISLAMOPHOBE »

Si les plus jeunes se laissent berner, leurs aînés ne cautionnent pas ces dangereux rapprochements. « On ne peut pas se compromettre avec Riposte laïque, martèle Nadia El Fani. Mais critiquer l’islam, exiger la laïcité comme nous le faisons, ce n’est pas être islamophobe. En revanche, ne pas prendre en considération la possibilité de la modernité dans les pays musulmans, ça, c’est du vrai racisme antimusulman. »

La laïcité, celle dont jouissent la plupart des pays occidentaux, voilà, au final, le seul combat de ces militants pour l’instant inaudibles.

Par Angeline Montoya (Londres, envoyée spéciale) – le monde

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