Dipartimento Loire/Atlantique

Lundi 9 avril à 4h du matin, 2500 gendarmes mobiles et des véhicules blindés ont attaqué la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Ils ont interdit les journalistes, puis répandu un nuage de fumées lacrymogènes et assourdissantes. Le gouvernement veut expulser une centaine de personnes, qui ont contribué à obtenir l’abandon de l’absurde aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Mais son but réel est bien plus large, comme le montrent les déclarations de Gérard Collomb : « Qu’une fois pour toutes, on en finisse avec cette opération qui a commencé il y a une quarantaine d’années. […] Nous maintiendrons des forces de l’ordre pour qu’il n’y ait pas de nouvelle occupation. […] L’autorité doit régner partout, et la loi doit être respectée partout. »

Parigi: Gare du nord

Chaque matin de grève à la gare du Nord, à Paris, on reconnaît les mêmes visages. Peu avant 11 heures, Eric installe les enceintes pour l’assemblée générale. Monique ajuste son discours pendant que Karim, Farid et d’autres militants SUD-Rail échangent avec ceux de la CGT autour d’un café. Ils sont rejoints par des membres de FO débarqués au dernier moment en cortège. Les étudiants de Tolbiac ou Paris-VIII sont présents aussi à chaque fois pour témoigner de leur soutien, chaleureusement accueillis par les cheminots favorables à la «convergence».

 Ce lundi matin, au quatrième jour de grève, ils sont nombreux à être présents : «Autour de 200, comme au premier jour», estime Monique à vue d’œil. En plus des têtes connues, de nouvelles sont venues gonfler les rangs, mobilisées par Monique, Eric et d’autres militants jeudi dernier. «On est 18 à avoir fait grève hors calendrier jeudi, on a fait le tour des secteurs pour discuter avec nos collègues», explique l’agente commerciale. Rapidement, elle scrute l’assemblée : «Tout le monde est là, il n’y a pas d’absent.»

«Ultra déterminé»

«Ça fait vachement plaisir de voir autant de monde. Mercredi dernier, tout le monde baissait la tête. Il faut que Macron voit que dans chaque regard aujourd’hui, il y a quelqu’un d’ultra déterminé»,plaide l’un d’eux. Depuis la première assemblée générale à la gare du Nord, le 3 avril, un mot revient à chaque fois avec un peu plus d’insistance : «Reconductible.» Et déjà, lors de la précédente AG de dimanche, le calendrier de grève intermittente (deux jours de grève, trois jours travaillés) avait fait débat. Ce lundi matin, après les récentes déclarations d’Edouard Philippe, de Nicolas Hulot et d’Elisabeth Borne, les cheminots n’ont plus que ce mot à la bouche.

«Ils se moquent de nous, il faut y aller une bonne fois pour toutes. Il faut le plier le Macron», lance un des cheminots. Anasse, militant SUD-Rail favorable à la grève reconductible depuis le début de la mobilisation, abonde : «Je vois tous les visages aujourd’hui. Et je sais que demain on sera tous au boulot, et on reviendra vendredi, et on se dira que ça sert à rien de venir samedi parce que c’est le week-end, et on fera des bonds comme ça. Au Bourget et à Austerlitz, ils ont voté le principe d’une grève reconductible tous les jours, il faut qu’on y aille aussi.» Y compris à la CGT, à l’origine du calendrier intermittent, on commence à douter de sa pertinence. L’un des militants : «Je suis CGT, mais je suis pour la reconductible. Pour moi, il faut y aller maintenant, on ne peut pas attendre des semaines comme ça».

Contestons l’autorité de l’État

La privatisation de la SNCF et d’autres services publics, l’attaque contre le statut des cheminotEs et de tous les fonctionnaires, la suppression de 120 000 postes dans la fonction publique, la sélection à l’université, le durcissement des politiques anti-immigréEs, avec notamment, la multiplication des emprisonnements dans des camps, tout cela ne suffit pas au gouvernement. Il ouvre un nouveau front avec la bataille militaire de Notre-Dame-des-Landes.

De notre côté, il faut faire face à cette violence antisociale, cet autoritarisme sans limite. Chacun a une bonne raison d’agir, bien sûr dans le secteur public, mais aussi dans le secteur privé où l’application de la « loi travail », des ordonnances, aggravent les conditions de travail, développent la précarité et facilitent les licenciements menacent.

Un gouvernement plus illégitime que jamais

Rappelons que Macron a été élu… alors que seulEs 16 % des inscritEs ont voté pour lui au premier tour de la présidentielle ! Aujourd’hui, moins de 40 % des sondéEs disent faire confiance à Macron.

Il est temps de dire stop. Différentes échéances existent pour nous rassembler : le 9 avril avec les cheminotEs, le 10 avril avec la jeunesse, le 19 avril avec la nouvelle journée interprofessionnelle de grève, auxquelles s’ajoutent la proposition d’une grande journée de manifestation unitaire contre le gouvernement.

Pour faire céder le gouvernement, il faut de grandes manifestations, qui montrent notre force collective. Mais il faut aussi un mouvement de grève massive qui bloque l’économie. Les cheminotEs ne doivent pas être sont pas seulEs à pouvoir arrêter la machine de tourner : salariéEs des hôpitaux, du nettoiement, dans les bureaux, l’éducation, du privé, etc. nous sommes très nombreux/ses à pouvoir, à devoir, peser sur rapport de forces.

Revendiquer et construire un autre monde

À Notre-Dame-des-Landes et dans les universités, on discute d’une autre société, comme en à l’hiver 1995, comme en Mai 68. La situation actuelle, dans les quartiers populaires, dans les services publics, dans les lieux de travail, n’est pas acceptable : il faut regagner du terrain, par exemple en imposant le partage du temps de travail sans perte de salaires pour en finir avec le chômage, la création d’un million de postes dans les services publics. De l’argent, il y en a : 93,4 milliards de profits pour les entreprises du CAC40 en 2017, entre 60 et 80 milliards d’euros d’évasion fiscale en 2017.

Le problème est de prendre cet argent, que ce soit la rue qui gouverne, les salariéEs mobiliséEs qui imposent aux capitalistes la satisfaction des besoins collectifs.

Lundi 9 avril 2018

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